Juste un brin d'herbe, une prairie sous marine. En méditerranée, ce sont les champs de posidonie fragiles. Chez nous, en Manche, c'est la zostère ou herbe de mer.

Et oui il y a sous la mer des plantes, un végétal qui fabrique lui-même sa nourriture à la différence des animaux.  Pas une algue, non, une plante qui produit des fleurs avec des racines, des tiges et des feuilles.

Description : on en rencontre en prairies clairsemées chez nous dans des baies ou petites anses protégées. Ceci, principalement sur les fonds sableux ou sablo-vaseux. Ce sont les herbiers marins. Ses racines sont bien ancrées dans le sol et il en sort une pousse courte, souvent ramifiée qui, à son tour, produit des feuilles très allongées de 30 à 120 cm de longueur et de 3 à 12mm de largeur. Ses prairies peuvent se développer jusqu'à une profondeur de 11 mètres. La floraison survient entre juin et septembre, la plante produis alors de petits épis verts, aplatis, cachés à la base des feuilles.

Un rôle écologique majeur : tout d'abord, comme sur la terre, elle produit de l'oxygène. Ensuite, de par son ancrage au sol, elle concourt à la stabilisation des sédiments et a un rôle d'amortissement de la houle qui a tendance à déplacer le sable. Mais aussi bien sûr, ces prairies sont un abri pour de nombreux organismes marins.  C'est également un lieu de reproduction et d'alimentation.  Certains vers utilisent les feuilles comme support. Les hippocampes s'y fixent ou s'y cachent. C'est un abri pour bon nombre de crabes ou poissons. Il y a les résidents à l'année et les saisonniers comme l'araignée, la crevette ou la seiche. Cette faune attire bien sûr les prédateurs comme les bars. Concrètement, la biodiversité de ses herbiers a pu dépasser les 300 espèces... cela fait rêver!

De plus, les feuilles arrachées à la plante par les vagues contribuent à enrichir la laisse de mer (sujet de la prochaine nouvelle de la mer). L'espèce fait partie du régime alimentaire de la bernache ou du canard siffleur.

Un peu d'histoire : dans les années 1920-1930, une maladie toucha ses herbiers donnant des tâches brunes sur les feuilles. Les causes de la maladie n'ont pas été élucidées; réchauffement de l'eau, urbanisation des côtes augmentant la turbidité de l'eau et sa pollution? Une chose est sûre, certaines espèces ont momentanément disparu, des bancs de sable sont apparus et certains oiseaux s'en sont allés ailleurs se nourrir.

Juste un brin d'herbe...