Il y a bien longtemps, vers la fin du XVIIIème siècle, les navires qui entraient en baie de Saint-Brieuc et s'approchaient d'Erquy voyaient à peine la pointe du cap  :

une petite maison, le corps de garde et, peu de temps après, une fumée s'élevait d'un autre bâtiment situé non loin gardant jalousement notre ville d'Erquy. Attention danger, les navires faisaient alors demi-tour, un four à boulets était entré en action.

Tirer à boulets rouges : au cap d'Erquy, avec vue sur la mer, notre four à boulets n'avait qu'une mission : détruire les navires anglais qui approchaient de trop près. Construit en 1794 à l'initiative du ministre de la marine de l'époque, il devait porter à incandescence les boulets servant à alimenter une batterie de trois canons. Il a été construit avec des matériaux extraits sur place.

La préparation du foyer, le temps de chauffe et la fumée produite n'étant pas en adéquation avec la rapidité d'action, le combat naval de mars 1796, entre la corvette française "l'étourdie" et un bateau anglais, s'est soldé par une défaite côté français.

Un peu de technique : le bâtiment allait de 10m de long à 3 m de large. Il y avait un tunnel dans lequel était disposé les boulets. Les boulets étaient introduits par le haut où se situait la cheminée; ils glissaient vers le foyer où ils devaient atteindre une température entre 800 à 900°, ce qui demandait entre 20mn et 1h15. Trois hommes étaient nécessaires à son bon fonctionnement. Des pinces à mâchoires et des crochets étaient nécessaires à transporter les boulets "à point" jusqu'à la batterie de canons.

Des petits soucis : un grand soin devait être apporté au chargement des canons pour éviter que le boulet brûlant ne fasse exploser la charge de poudre du canon. Le tir des canons n'était pas assez précis. Cette pratique ancienne n'a cessé que dans la seconde moitié du XIXème siècle avec la construction des navires en acier.

Actuellement, il reste en France des vestiges de 9 anciens fours à boulets, notamment en Bretagne : un dans l'enceinte du Fort la Latte et l'autre sur la pointe du cap d'Erquy. Mais, à vrai dire, aucun des fours à boulets du département n'a rempli sa mission.