20 janvier 2018

Hello world, I’m Woopy the sheep. Euh ou plutôt bêêh…, pour plus de commodité, nous allons traduire.

Ok, alors, tout commence pour moi il y a quelques semaines. C’est dans une ferme, appelée Quinrouet, tout près de la Flora que j’ai vu le jour. Je suis la seule de la portée, parfois on peut être deux. Mais ce n’est pas plus mal, j’aurais ainsi toute l’attention de ma mère. D’ailleurs, pour renforcer ce lien, très rapidement, on nous a mises, ma mère et moi, dans un petit enclos privé.

Après quelques temps, nous avons pu rejoindre le grand enclos dans la bergerie, où j’ai fait connaissance avec toutes celles et ceux de ma génération. Il y avait aussi des anciennes1, pas très commodes quand il m’arrivait de me tromper de mamelle !!! Et oui, pendant mes quatre premières semaines, je tétais à volonté, sans modération. Maintenant j’ai aussi droit au foin et aux céréales2. Ce n’est pas mal, mais ce que je préfère ce sont les betteraves fourragères, je suis accro au sucre. Bon, quand j’ai un peu trop abusé, je me mets à lécher les pains de sel, c’est notre petit complément alimentaire en minéraux. Mais j’ai hâte de bientôt pouvoir sortir pour brouter de l’herbe fraîche, il parait que c’est un vrai régal.

Ce que j’aime bien dans la grande bergerie, c’est qu’avec les copines et les copains3, vu notre taille, on peut passer d’un enclos à l’autre. Ça doit faire rager les adultes. Notre jeu favori : on se pique des petits sprints dans la grande allée et nous finissons parfois dans les meules de foin, c’est trop cool… ! Après, on se regroupe pour faire une petite sieste.

Ah j’oubliais, l’autre jour il s’est passé un truc bizarre. Alors que je continuais mon exploration de la bergerie, je me suis approchée d’un enclos un peu spécial. Un grand mâle s’est levé et m’a dit dans un bêlement caverneux : « Woopy, je suis ton père ». Waouh j’étais toute retournée ! Mais bon je ne sais pas trop, on est une centaine de copains-copines à être nés ces dernières semaines et je ne suis pas la seule à qui il a fait le coup4 !

Les anciennes sont un peu jalouses de notre insouciance, alors elles essayent de nous « apprendre la vie » comme elles disent. Bon, je sais déjà que j’ai de la chance d’être une fille. Il paraît que dès qu’ils pèseront dans les 13 kg, les copains partiront. Moi au contraire, si je veux rester, il faut que je grossisse bien. J’ai entendu les anciennes dire que pour les filles, une sur trois restaient à la bergerie pour remplacer les brebis réformées. Les Deux Pattes de la ferme disent que les réformées deviennent des merguez… !?! Je ne sais pas trop ce que cela veut dire, ils ont l’air d’aimer ça, moi je ne suis pas sûre !!!

Dans la bergerie il y a aussi une salle spéciale avec une fosse, des barres de métal et des tuyaux, pour le moment elle est toujours vide5, ça fait un peu peur. Mais d’après les anciennes, quand je serai plus grande c’est là que je passerai tous les matins pour donner mon lait6. En échange de notre lait, pour qu’on y entre bien sagement les Deux Pattes de la ferme nous donne de la nourriture. Il parait qu’avec le lait ils font des fromages7, des yaourts … c’est plus rassurant que les merguez !

Sinon, parfois, on a de la visite. Des troupeaux de Deux Pattes débarquent. Ils nous prennent dans les bras, en photos, nous font des caresses… ils sont tout émerveillés. Alors on joue le jeu, on fait le show. Ça rend chèvre le Lupin, il fait tout pour se faire remarquer. Ah oui, le Lupin c’est une sorte de bestiole à poils et à quatre pattes qui tente toujours de nous faire rentrer dans le rang. Les Deux Pattes, eux, sont plutôt divertissants. Par contre ils ne sont pas très logiques, ils portent leur laine sur la tête !?! Et en plus elle est colorée, pas très malin comme camouflage !

  1. En moyenne une brebis produit du lait en quantité suffisante jusqu’à 5 à 6 ans, parfois cela peut aller jusqu’à 8 ans.
  2. Il s’agit d’un mélange de céréales, tout est produit sur la ferme : féverole, orge, tourteau issu de la production d’huile et son issu de la production de farine.
  3. Dans les naissances, la proportion mâle/femelle est d’environ 50%.
  4. Il y a trois béliers pour une centaine de brebis. Tous les deux ans les béliers sont changés, le renouvellement des brebis se faisant par tiers, cela évite les problèmes de consanguinité. Dès l’âge d’un an, une brebis peut être fécondée. A Quinrouet la fécondation se fait naturellement.
  5. Les brebis sont traites pendant 6 mois de l’année de décembre à août, la gestation durant 5 mois et l’allaitement 1 mois.
  6. La salle de traite est organisée pour pouvoir traire 8 brebis à la fois. Une brebis donne de 1 à 2 litres par traite. Il faut entre 1h30 et 2h, à deux, pour traire la centaine de brebis et ensuite nettoyer la salle de traite. Depuis cette année, le choix a été fait de passer en mono-traite. Cela dégage du temps pour l’après midi, des économies d’énergie sont faites et l’animal est moins sollicité. De plus, le lait est directement transformé. Auparavant avec la double traite, le lait du soir devait être refroidi pour être conservé, puis chauffé le lendemain pour être ajouté au lait du matin.
  7. Il y aura cette année du bleu probablement à partir de mai. Des aménagements ont été faits dans la cave, une cuve spécifique pour la fabrication doit arriver. A savoir, cela représente un investissement de 4 à 5 000 €.