19 Novembre 2016

Le festival

Comme l’an dernier, notre Amap a participé au festival des films documentaires AlimenTerre, initié par le CFSI (Comité Français de Solidarité Internationale).
Cet évènement international gagne en notoriété. Pour la 10e édition, il a réuni 1176 projections-débats en France et à l’étranger et plus de 57700 spectateurs sont déjà recensés.
Autour d’une sélection de 8 films, il amène les citoyens à mieux comprendre les causes de la faim et à se mobiliser pour défendre la souveraineté alimentaire, une nourriture suffisante et de qualité pour tous.
Sur les Côtes d’Armor, le festival est relayé et coordonné par le Résia (Réseau de Solidarités Internationales Armor) - formidable lieu de solidarité de proximité et d’éducation à la citoyenneté - et a mobilisé 14 acteurs et de nombreux lycéens.
Retrouvez toutes les informations, les éditions précédentes, et la campagne AlimenTerre sur le site : festival-alimenterre

Présentation du film et des intervenantes à Erquy

Le film présenté : « 10 billion, what’s on your plate ? » (« 10 milliards, que mangerons-nous demain ?) - 100mn de Valentin Thurn, documentaliste et réalisateur d’une quarantaine de documentaires dans le domaine.
Fervent défenseur de l’environnement, il fonde en 1993, avec des journalistes de plus de 50 pays, la Fédération internationale des journalistes environnementalistes.
A mis en place dans sa ville de Cologne un Food Policy Council (unique en Allemagne) qui promeut un système alimentaire local tout en proposant des recommandations pour changer le système actuel.

Le thème du film : Une douche écossaise ! La confrontation de deux modèles de société pour lutter contre la faim :
Une alimentation sans terre, tournée vers l’industrie et les laboratoires : usines à légumes, poissons génétiquement modifiés, viande à base de cellules souche ….des solutions soumises aux lois du marché.
Ou, rendre la terre aux paysans pour retrouver une souveraineté alimentaire, produire sa propre consommation dans le respect de l’environnement, avec présentation d’alternatives plurielles qui font leurs preuves, initiées aussi bien par des paysans que des populations locales, élus … : villes en transition, agriculture urbaine, monnaie locale …

Les intervenantes au débat : Deux femmes pour nourrir et animer le débat : Oumy Seck et Inès Léraud aux chemins de vie différents mais ô combien riches.
Oumy Seck est la présidente du CEEDD, association créée en 2005 (Centre d’Ecoute et d’Encadrement pour un Développement Durable) à Thiés, deuxième ville du Sénégal. Spécialisée en agriculture urbaine, familiale et durable par des pratiques agro-écologiques. Une des trois personnalités internationales invitées par le CFSI.
Inès Léraud, journaliste et documentaliste à Radio France. Vit actuellement en centre Bretagne. Investigations sur le système agroalimentaire, les questions de santé au travail dans l’agriculture et les usines agroalimentaires. S’intéresse également aux initiatives alternatives citoyennes.

La projection et le débat

 

L’association Armor Ciné avait gracieusement prêtée la salle du cinéma ce samedi 19 novembre.
Une table de documentation était à la disposition des spectateurs avec des articles, revues, livres de notre Amap en lien avec la thématique ainsi qu’une sélection d’ouvrages proposée par la bibliothèque.

90 personnes ont assisté à la projection-débat ; nombreuses venues de communes alentours mais aussi de Saint-Brieuc, Rostrenen et même … Paimpol. Un intérêt croissant pour ces rencontres organisées autour de l’alimentation qui ne se dément pas

Après la projection, le débat est lancé.


Oumy Seck, femme énergétique, pleine d’enthousiasme et résolument tournée vers un avenir meilleur pour tous, expose les grandes lignes de son activité.
Un constat : peu d’espaces en ville, pas de terre et un besoin évident et urgent de nourrir la population sainement et durablement tout en renforçant le lien social.
Une solution en 2005 : l’agriculture urbaine avec, au début, ce que l’on a sous la main : containers plastique, pneus … comme bacs de cultures, sans oublier les espaces publics. Le micro-jardinage pour devenir autonome en fruits et légumes toute l’année.
Puis, en 2012, un coup de pouce en étant lauréat du prix de la Fondation de France doté de 20.000€ qui a permis la formation de 360 femmes, la mise en place de jardins partagés, de micro-crédits … un programme visant à l’autonomisation complète des bénéficiaires au travers de coopératives agricoles autogérées.
Par ailleurs, se développent des activités dans le domaine de l’éducation, la santé, l’entreprenariat social et solidaire.
« Partir de l’existant et innover, inventer, chacun à son rythme. Ne sous-estimons-pas nos actions. Une goutte puis un verre, un seau, une bassine …. Cela finit par faire beaucoup d’eau ! Une fois que tu bouges le pied, tout devient vert ! Nous sommes responsables de nos actes au quotidien. » précise Oumy.

Le CEEDD reçoit de nombreuses demandes en provenance d’autres régions du Sénégal. Il forme également des stagiaires venus de nombreux pays.

Inès Léraud, intervient pour préciser son travail d’investigation. Sa sensibilité aux questions de santé publique et de santé au travail l’a conduite à s’intéresser à l’agriculture, au système agroalimentaire breton.
Elle rencontre une grande diversité de situations et la parole est parfois difficile à recueillir au micro.
La dureté du travail dans les usines agroalimentaires, un peu partout dans le monde, c’est la conséquence de la politique des marchés, de la quête au bas prix.
Elle évoque ses reportages sur la coopérative Triskalia et les salariés intoxiqués par des pesticides sur leur lieu de travail, sur les élevages intensifs de porcs. Egalement, des rencontres auprès d’éleveurs de porcs qui modifient leurs pratiques en limitant les intermédiaires …(nombre de ses reportages sont disponibles en réécoute sur F. Inter "CO2 Mon amour" et F. Culture "Les pieds sur terre" et "Sur les docks" ).

Par ailleurs, Inès, qui habite près de Trémargat, nous parle de ce village de 200 habitants environ qui revit depuis une quinzaine d‘années par la volonté de tout un groupe de renouer avec la solidarité, l’entraide, l’écologie. L’installation de paysans est favorisée, l’épicerie propose uniquement des produits locaux et bios et le café est associatif, un véritable lieu de rencontres. La démocratie participative y est vivante.
« La Bretagne a beaucoup à nous apprendre », précise-t-elle

Puis, vient dans le débat, la question de l’étiquetage bio. Comment s’y retrouver ….
Privilégier le local, connaître les producteurs et leurs pratiques, c’est le meilleur garant, est-il répondu dans la salle. « les magasins bio spécialisés également. Par contre, pour les grandes surfaces, réserve prudente » précise un agriculteur.
Inès renchérit pour estimer que les coulisses de la bio-industrie mériteraient qu’on s’y penche vraiment.


« Etre consom’acteur dans chaque acte de notre quotidien pour échapper aux usines d’aliments, ne pas seulement se contenter des étiquettes bios des grandes surfaces, garder son esprit critique» intervention dans la salle.


A 20 h, pour clore la séance, il est rappelé que l’agro-écologie est devenue une priorité en France ! Elle figure effectivement dans la Loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt d’octobre 2014. Qu’on se le dise !

Et, comme en Bretagne, chaque aventure se termine souvent par un festin, un petit groupe s’est retrouvé à la crêperie « Chez Sylvie » autour d’Oumy Seck, Inès Léraud, des producteurs de l’Amap et des membres du Collectif pour clôturer cette belle journée d’échanges.

Un très grand merci à Oumy Seck et Inès Léraud pour leur participation à cette rencontre.

Quelques mots sur le séjour de Oumy Seck à Erquy

Nous avons eu le grand plaisir d’accueillir Oumy Seck à Erquy dès le vendredi 18 novembre au soir jusqu’au dimanche après-midi.
Un séjour qui a permis bien des discussions et aussi de très bons moments de détente autour de repas partagés.

Malgré une météo bien perturbée - certains diraient : « typiquement bretonne » - Oumy a pu visiter le samedi matin le jardin Herbarius de Florence Goulley à Planguenoual qui l’a beaucoup intéressée, étant toujours désireuse d’échanger, curieuse de nouvelles pratiques et de nouvelles plantes. « Les herbes aromatiques sont des trésors » dit-elle.
Et le dimanche, chez Marie, Hervé et François Talbourdet, ferme de Quinrouet, accueillie par la maman à la table familiale après la visite de l’ensemble des pratiques agricoles, qu’Oumy a achevé son séjour parmi nous avant de rejoindre Le Mans puis d’autres destinations pour une nouvelle semaine d’interventions.
Le contact est maintenant établi entre Erquy et Thiés !

La presse était présente.